Yannick Jadot : la bio

Yannick Jadot,
49 ansengagé depuis plus de vingt-cinq ans dans le combat pour l’écologie et la solidarité internationale

− dans le mouvement étudiant contre la Loi Devaquet (1986),
− en vivant et travaillant au Burkina Faso et au Bangladesh (1990-1994),
− dans la construction du mouvement altermondialiste, à Seattle (1999) ou à Porto Alegre (2001…),
− en dirigeant les campagnes de Greenpeace en France (2002-2008),
− en négociant le Grenelle de l’Environnement (2007),
− en co-fondant Europe Ecologie en 2008,
− comme député du Grand Ouest au Parlement européen depuis 2009 où je coordonne, pour le Groupe des Verts, les campagnes climat, Tafta/Ceta, pêche en eaux profondes…

1986-2009, un engagement politique en dehors des partis

Chaque génération a son tremblement de terre, son séisme politique qui attire des rangs entiers vers la chose publique dès le plus jeune âge. Mes collaborateurs au Parlement européen sont de la « génération 21 avril », ces bizuts de la politique qui ont dépouillé les urnes au soir du 1er tour, pour découvrir le désastre en avant-première : l’élimination du candidat socialiste et l’accession au second tour du candidat d’extrême droite ! On a connu première fois plus agréable…

Moi, c’est le projet de loi Devaquet qui me fait descendre dans la rue, et connaître mon premier engagement politique au sein d’une organisation étudiante. C’est en 1986 et Jacques Chirac, Premier Ministre, veut imposer la sélection des étudiants et la mise en concurrence des universités. Nous sommes des centaines de milliers d’étudiants, de lycéens et de jeunes à manifester contre ce projet, contre la droite et les méthodes féroces de son ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua.

Malik Oussékine, mon soldat inconnu

Hélas la contestation de la loi Devaquet n’est pas seulement inscrite dans la mémoire collective comme une grande victoire. Elle a pris un tournant singulièrement triste et cruel avec la mort de Malik Oussékine, jeune manifestant poursuivi par un peloton voltigeur motoriste, pris au piège et battu à mort dans une entrée d’immeuble du quartier latin. Il avait 22 ans.

Il faut se remettre dans le contexte de l’époque. Nous sommes en pleine cohabitation, et la droite a pris un tournant libéral à 180°. Il s’agit de « libérer les énergies » en privatisant à tout va, en mettant en concurrence tout ce qui peut l’être, le tout accompagné d’un vieux fond nauséabond qui vise l’immigré avec cent fois moins de complexe qu’auparavant. La Marche pour l’égalité, mal-nommée Marche des Beurs, a eu lieu 3 ans plus tôt, mais le Front National de Jean-Marie Le Pen vient d’entrer à l’Assemblée nationale.

Je suis alors en licence d’économie à Paris-Dauphine, et je me tiens à l’écart des deux grandes organisations étudiantes de l’époque, l’UNEF-ID noyautée par le PS et l’UNEF-SE aux mains des communistes, de toute façon peu représentées dans cette fac qui se rêve en grande école. Le collectif d’opposition à la Loi Devaquet que je co-anime crée une nouvelle organisation étudiante, la « Déferlante ». Inspirée par une deuxième gauche qui se découvrirait aussi libertaire et festive, elle tente d’éviter les positionnements partisans simplistes et le fonctionnement hiérarchique. Pour faire vivre la démocratie étudiante, on invite autant des humoristes comme Bedos et Desproges que des « patrons de gauche » comme Schweitzer, on organise des tremplins rock et on siège en tant qu’élus dans les instances universitaires.

Lorsque l’on retrouve le corps de Malik, il porte sur lui une carte de Paris Dauphine Sports, le club sportif de ma fac. Philippe Darruilat, patron de l’UNEF-ID, m’appelle très tôt le matin : « Malik était de chez vous, il faut organiser la manif, c’est à vous de jouer ». Dans ma chambre de bonne, je trace le parcours du défilé qui doit passer devant l’hôpital Cochin où repose son corps. Nous sommes un million dans la rue. La mort de Malik Oussékine défigure le pays et donne un caractère plus fondamental encore à notre mobilisation. Désormais, il ne s’agit plus seulement de lutter contre la réforme stupide de notre système universitaire, mais de défiler pour dire à la France qu’elle doit prendre soin de tous ses enfants, sans exception. Nous défilons en silence, persuadés de vivre un moment majeur dans la société française, qui se découvre multiculturelle mais refuse encore de l’accepter.

Baigné toute ma jeunesse par l’engagement socialiste de mes parents et les distributions de tracts, je viens néanmoins de découvrir l’urgence du politique. La nécessité de se mobiliser, et la conjonction des luttes. Si ce moment est fondateur dans ma formation intellectuelle et politique, il n’est pourtant pas le point de départ d’une carrière au sein des partis traditionnels, comme c’est le cas pour tant de mes congénères trotskystes qui se découvrent soudainement socialistes. La politique est venue à moi sans que je m’y attende. Le plus important alors pour moi est de découvrir le monde.

Ma mondialisation heureuse

Mes parents instituteurs m’ont permis d’aimer la France, je les en remercie ici. Mais en 1989, ma seule envie est de partir loin, très loin.

J’entame alors ma « mondialisation heureuse ». À l’inverse du livre d’Alain Minc1 qui porte ce nom, il ne s’agit pas pour moi de faire l’apologie du libéralisme mondial, au contraire. Il est avant tout question de découverte de l’autre et de l’ailleurs. De l’Afrique de l’Ouest à l’Asie du Sud, je comprends toute la richesse -et la difficulté !- de la diversité, de la différence, dans ce monde en plein changement où nous devons plus que cohabiter : vivre ensemble et partager. À la manière d’un Corto Maltese, ma mondialisation est d’abord une invitation au rêve! C’est le début pour moi d’une période faste en termes de voyages, de rencontres, et de perceptions du monde.

Au premier prétexte venu, en l’occurrence le séjour de mon frère en Chine, je m’en vais. Me voilà donc place Tian An Men, quand s’amorce le mouvement de contestation des jeunes chinois désireux de voir leur pays s’ouvrir à la démocratie, de la même manière qu’il s’est ouvert à l’économie de marché depuis l’arrivée de Deng Xiaoping à la fin des années 1970. Je n’assisterai à la répression sanglante que devant ma télé, comme beaucoup, effondré par la violence du massacre. En revanche, ma réflexion est profondément marquée par ce passage en Chine, ce pays alors en pleine explosion, si loin et si vivant, si différent. La confrontation avec le réel m’a appris beaucoup plus que toutes mes lectures, y compris une certaine littérature tiers-mondiste qui vante encore les communes populaires.

Après un demi-siècle durant lequel les esprits ont été façonnés de manière binaire par l’affrontement Est-Ouest, j’acquiers une seule certitude : le monde est en pleine recomposition. Et l’Histoire s’accélère prodigieusement à la fin de l’année avec la chute du Mur.

La Françafrique et ses apories

Me spécialisant à la fac sur l’économie internationale et l’économie du développement, j’écris un mémoire de 3ème cycle sur les stratégies des agriculteurs africains face aux prix. Ambition légitime et arrogance des économistes à vouloir standardiser et modéliser les comportements humains ! Il est urgent d’aller à leur rencontre. L’Afrique est ma première destination pour un séjour de longue durée.

Je me rends au Burkina Faso pour ma « coopération », ce service militaire transformé en action d’aide au développement. J’y retrouve Pierre Jacquemot qui a quitté sa chaire de développement à Dauphine pour diriger la coopération française à Ouagadougou. Le révolutionnaire Thomas Sankara est mort en 1987, assassiné selon toute vraisemblance sur ordre de son second, Blaise Compaoré. C’est lui qui dirige le pays lorsque j’arrive en 1990. Il cherche à sortir en douceur de l’ambiance révolutionnaire, de sa ferveur comme de ses dérives. C’est la « rectification ». Économiquement, le pays se lance dans la négociation avec le FMI et la Banque mondiale de son premier programme d’ajustement structurel. Politiquement, il se « normalise » avec l’adoption d’une constitution. Mais pour moi, c’est surtout la rencontre avec les Burkinabè qui est magnifique, d’autant plus facile que les deux sports nationaux sont la politique et le football !

L’ébullition politique qui domine est contagieuse. J’ai l’impression de partager avec eux les réflexions qui présideront au lancement d’un nouveau modèle. La lutte « institutionnelle » contre l’absurdité et la radicalité libérale des institutions de Bretton Woods me passionne. La coopération française y joue ses dernières cartes, entre coopération sincère et françafrique obsolète, solidarité et paternalisme, africanisme et cynisme diplomatique. En Afrique comme ailleurs, la France n’a déjà plus les moyens de ses prétentions.

C’est pourtant au Gabon que je vois au plus près la réalité de la françafrique. Je pars au nom du Ministère de la Coopération en 1992, et reviens avec un rapport implacable sur les relations incestueuses et financières entre la Compagnie Forestière du Gabon en cours de privatisation, le géant français du bois François Pinault, son ami Chirac, le RPR, et leur bon camarade à tous, Omar Bongo. Mon rapport à peine remis, mon chef me convoque dans son bureau et exige que je lui remette toutes les copies existantes de ce rapport. « Tout cela n’existe pas », me dit-il en gros, avant de me faire comprendre que les enjeux me dépassent littéralement, et lui avec.

Je réalise combien l’État, depuis longtemps aux mains des partis politiques, est aussi compromis avec les grands groupes industriels : les ressources naturelles africaines financent nos partis politiques pendant que nos impôts financent leurs écoles. J’en ressors plus convaincu que jamais que, pour les interventions de la France dans ce qui fut son empire colonial, la priorité, avant même d’aider, est de cesser de nuire. L’écologie politique peut y contribuer en reconnaissant, pour mieux le dépasser, l’héritage dramatique du colonialisme, en sortant les esprits européens de leur occidentalo-centrisme obsolète.

Bangladesh, l’empowerment sans marketing

Au Bangladesh en 1993 et 1994, je suis cette fois confronté à l’extrême pauvreté sans que mon passeport français y soit pour grand-chose ! Le pays bénéficie d’un soutien très important de la communauté internationale. Et pour cause, le Bangladesh c’est plus de deux fois la population de la France, sur un quart de son territoire, à moitié inondé chaque année !

On est loin du Sahel mais là aussi la vie de ses habitants dépend d’écosystèmes vulnérables et de conditions naturelles parfois dramatiques. Rien de réjouissant. Le chaos urbain de la capitale Dacca offre à voir des bidonvilles immenses un peu partout. La survie est omniprésente. L’aide aux plus démunis est portée par des ONG puissantes qui tentent de se substituer à un État corrompu pour répondre aux besoins élémentaires des populations. Mal inspiré par Jacques Attali, le président Mitterrand a lancé un vaste programme d’endiguement des grands fleuves qui permet à des centaines de consultants occidentaux et de fonctionnaires bangladais de s’enrichir tranquillement alors que tous savent, delta oblige, qu’aucune digue ne verra jamais le jour.

Je suis chargé pour la communauté européenne du soutien aux ONG bangladaises. Elles développent notamment des programmes massifs d’épargne-crédit auprès des femmes pauvres, dont le statut en Asie du Sud est particulièrement dramatique. La rapidité de la transformation de ces femmes une fois bénéficiaires de ces projets est remarquable. De victimes elles deviennent actrices de leur destin : c’est l’ « empowerment », concept difficile à traduire mais qui signifie bien « la prise de pouvoir », la capacité à défendre ses droits, sur les marchés du travail et du crédit, face à des fonctionnaires corrompus ou à des traditions rétrogrades comme la dot. Soutien européen à une dynamique locale, économique, sociale ET politique : la solidarité internationale fait sens. Ici comme ailleurs, pas de développement sans démocratie ; pas de démocratie sans capacité des citoyens à l’exercer.

Ces années dans le Sahel et le golfe du Bengale me font toucher du doigt la relation intime et fragile que les sociétés entretiennent avec leur environnement, combien le modèle de développement peut s’y révéler harmonieux ou destructeur selon le chemin qui est choisi, combien ces choix doivent être pensés et mis en œuvre par les populations locales.

Un livre toujours va m’accompagner, Les racines du ciel de Romain Gary. Avant Gorz et tous les autres, il est mon initiation à l’écologie. Gary y démontre combien le combat pour la protection de la nature, ici la lutte contre l’extermination des éléphants, est un combat pour la dignité humaine. « Ils ne pouvaient donc imaginer à quel point la défense d’une marge humaine assez grande et généreuse pour contenir même les géants pachydermes pouvait être la seule cause digne d’une civilisation. »

Sortir le Monde du Tiers

En Afrique et en Asie, j’ai eu la possibilité de découvrir ce que mon continent a baptisé le tiers-monde. Désormais, je n’ai qu’une seule idée en tête : les sortir du « tiers » et permettre à ces gens d’être dans le « monde », tout simplement. Pour cela, il me semble nécessaire de sortir de la seule intervention de coopération ou d’aide humanitaire, même si elles sont parfois indispensables. Il me faut entrer dans le combat politique. Non dans un parti politique, puisqu’ils sont strictement nationaux et n’ont de ce fait qu’une conscience limitée et une influence marginale sur le jeu international, mais dans le rapport de forces qui plombe sans arrêt les pays « tiers » en termes de régulation commerciale, sociale ou environnementale.

J’intègre en 1995 l’ONG Solagral, sorte de think-tank que dirige Laurence Tubiana et qui travaille sur les enjeux globaux, en particulier ceux de l’alimentation et de l’environnement. Son mandat : comprendre et expliquer ces enjeux, renforcer les capacités des acteurs à défendre leurs intérêts, en particulier les organisations paysannes, les ONG et les gouvernements des pays du Sud qui découvrent une nouvelle violence politique et économique, celle de la mondialisation libérale. C’est un moment clef : l’accord de Marrakech signé en 1994 crée l’Organisation Mondiale du Commerce et fait de la planète un vaste terrain de jeu commercial livré à l’appétit des grandes entreprises. La géopolitique de la guerre froide laisse la place à une négociation commerciale protéiforme qui touche désormais tous les secteurs de la société (services, santé, propriété intellectuelle, investissements…) et s’impose, grâce à la force de son tribunal, aux droits sociaux ou environnementaux. La contestation devient mondiale dans la seconde moitié des années 1990, et Solagral est au cœur des réflexions et des mobilisations.

Je participe ainsi à chaque contre-sommet de l’OMC et aux forums sociaux mondiaux qui, entre Seattle, Porto Alegre ou Doha, vont rythmer la vie politique d’une société civile rassemblée autour d’un même slogan : « un autre monde est possible ». La victoire en 1998 contre l’Accord Multilatéral sur l’Investissement, conçu par les membres de l’OCDE au profit des firmes, marque le lancement d’un nouveau contre-pouvoir, une force citoyenne mondialisée qui s’appuie sur les nouveaux outils de communication internet. Elle sera suivie d’une autre victoire à Seattle avec l’échec de la conférence de l’OMC censée acter la marchandisation du monde. Le premier forum social mondial voit le jour dans la foulée à Porto Alegre et s’impose comme l’alternative au forum de Davos, les forces citoyennes contre les puissances de l’argent. L’enthousiasme et un sens profond de responsabilité animent les militants que nous sommes.

Pour qu’un autre monde soit possible, il faut commencer par poser les bonnes questions. En 1999 à Seattle, toute la planète découvre José Bové, ce paysan français arborant moustache, pipe et Roquefort avec fierté. Face aux caméras qui couvrent le sommet de l’OMC perturbé par les altermondialistes, il explique avec force que le destin du monde et de nos conditions de vie ne peuvent se décider dans un salon, entre quelques dirigeants nationaux jaloux de leur souveraineté mais prêts à l’abdiquer aux seules forces des marchés. Tout est dit : qu’est-ce qu’on produit ? Comment ? Pour qui ?

Alters versus démocratie à bout de souffle

Ces questions sont au cœur de la campagne de Noël Mamère en 2002. À ma modeste échelle, c’est aussi la première fois que je me joins à la politique nationale. Encarté chez les Verts depuis les Européennes de 1999 et la campagne de Dany Cohn-Bendit (déjà !), je contribue sur les questions internationales et tente de renforcer le lien avec les mouvements altermondialistes. Dans l’avion qui nous ramène de la conférence de l’OMC à Doha, je convainc José Bové, porte-parole de Confédération paysanne rencontré quelques années auparavant au Brésil aux côtés du Mouvement des Sans Terre, et son complice François Dufour, vice-président d’ATTAC, d’apporter leur soutien à Noël. Ce sera chose faite en nous retrouvant tous pour le deuxième forum social de Porto Alegre.

Cet apport de José, le mouvementiste, à la campagne de Noël, le candidat, symbolise parfaitement le changement qui est à l’œuvre : une démocratie à bout de souffle se trouve désormais interpelée par la société civile sur les grands défis planétaires, et notamment la question des biens publics mondiaux. La clé du score de Noël, qui reste le meilleur des écolos français lors d’une présidentielle, se trouve aussi dans cette passerelle entre mouvement et parti politique.

Greenpeace, radicalité de l’action et réformisme des propositions

Quand Bruno Rebelle, qui dirige alors le bureau français, me propose de rejoindre Greenpeace pour en piloter les campagnes, je connais déjà l’organisation, très présente dans les collectifs qui mènent campagne contre les OGM et dans les négociations internationales qui définissent le droit. Je sais la qualité des expertises de l’ONG, la contribution majeure à la plupart des grandes conventions environnementales. Mais ce sont évidemment des images qui me viennent d’abord à l’esprit : cette affiche de baleine dans ma chambre d’enfant ; les zodiacs qui tentent d’empêcher l’immersion en pleine mer de fûts toxiques ou radioactifs ; l’attentat commis par l’État français contre le Rainbow Warrior ; l’engagement physique et la conviction des militants face à l’inacceptable, la confrontation pacifique avec les pollueurs, l’interpellation de chacun d’entre nous. Bref un mythe ! Et je ne vais pas être déçu.

Dès mon arrivée, sans avoir encore de bureau, je me retrouve accroché à l’ancre d’un navire que vient d’aborder l’équipage du Rainbow Warrior II au large de Sète. Ce navire veut débarquer du bois du Libéria dont l’exploitation détruit la forêt et finance la guerre civile en Sierra Leone. Sous la pression de Greenpeace, Chirac change la position de la France au Conseil de sécurité de l’ONU et valide enfin l’embargo sur ce bois de guerre. Plus tard, accompagné d’une flottille citoyenne en rade de Brest, je pénètre en zodiac dans la base de sous-marins nucléaires de l’Ile Longue pour dénoncer l’illégalité du programme d’armement nucléaire français au regard du Traité de Non-Prolifération. Adrénaline garantie.

Les expériences sont nombreuses pendant ces sept ans. Je retiens l’alliance avec la CGT pour protéger la santé au travail et l’environnement dans la réforme de la chimie européenne. De même la campagne menée contre l’exportation de l’épave amiantée du Clemenceau vers l’Inde et ses chantiers de démantèlement où les ouvriers sont exposés sans protection aux pires saloperies toxiques. La mobilisation est mondiale : elle réunit les collectifs anti-amiante (Ban Asbestos, Andeva, Jussieu), la FIDH, des syndicats, en France comme en Inde. Je pilote la campagne pour Greenpeace. Tous nous dénonçons l’indignité de l’État français prêt à sacrifier la vie d’ouvriers indiens pour se débarrasser d’un déchet toxique. Tous nous subissons les pressions du Ministère de la Défense et les mensonges grossiers répétés à l’envi par sa ministre, la très raide Michèle Alliot-Marie. Les actions de Greenpeace en France, à l’entrée du canal de Suez et en Inde, les recours juridiques et la mobilisation citoyenne contraignent finalement Chirac à stopper cette course folle et à faire revenir le Clemenceau.

C’est la coalition des compétences, des champs d’intervention, des moyens et la mobilisation citoyenne internationale qui aura eu raison de l’entêtement de l’État français. Une leçon de plus à retenir !

L’environnement percute la politique

Quand arrive la campagne présidentielle de 2007, pas question que l’environnement passe une nouvelle fois à la trappe. À l’initiative de Daniel Richard, alors président du WWF, l’Alliance pour la Planète et ses 80 associations membres est née. Daniel et moi en assurons le porte-parolat. Nos propositions sont là. Nous notons avec sévérité les programmes des candidats. Porteur d’un des plus mauvais projets, Nicolas Sarkozy reprend notre proposition de Grenelle de l’environnement.

Les quatre mois de négociation sont intenses. Le mouvement environnemental fait la démonstration de la crédibilité de ses propositions et de nouvelles passerelles sont créées avec les syndicats, les collectivités et les PME. Si les décisions actées en octobre 2007 ouvrent d’intéressantes perspectives, tout le monde connaît la suite. La majorité UMP, les lobbys et la technocratie administrative feront du petit bois de cette tentative de démocratie environnementale.

Il est temps de booster l’écologie politique, en passant par l’Europe. Au printemps 2008, Jean-Paul Besset et Pascal Durand me proposent de tenter l’aventure Europe Écologie avec Dany Cohn-Bendit. Tout est à faire mais la réponse est immédiate : OUI !

1 MINC, Alain, La mondialisation heureuse, Paris, Plon, 1997